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Le canevas

Le 29 janvier 2012, par jeremie

Ma maîtresse lesbienne de cours préparatoire en avait eu assez de défaire les nœuds et m’avait renvoyé me rasseoir. Je venais de remporter, à l’âge de six ans ma première victoire. J’étais désormais dispensé de participer aux cours de canevas. J’ignorais alors (comment aurais-je pu le savoir d’ailleurs ?) que je venais, involontairement de me créer une phobie supplémentaire. Car oui, j’ai des phobies. J’ai peur des clowns, des serpents, du feu, des espaces étroits et pendant vingt-trois dix-neuf un nombre d’années important mais strictement inférieur à vingt (plus ou moins quelques poussières à l’échelle des temps géologiques), je souffrais d’achmophobie, qui comme Wikipédia le sait, est la peur des aiguilles. Enfin, aiguilles à tricoter, pas aiguilles de seringues. Je n’ai jamais rien fait comme les autres, je ne vais pas commencer à avoir les mêmes peurs.

Et puis finalement, un beau jour d’été, j’ai décidé avec une amie de me lancer dans un projet créatif faisant intervenir du tissu. Ce fut long. Il me fallut plusieurs mois pour trouver la résolution d’acheter les matières premières. Pendant quelques semaines, elles prirent la poussière et il semblait que ce projet allait rejoindre tous les autres. Mais il n’en fut rien, et je me suis donc lancé dans un projet de petite envergure avec peu d’ambition et une auto-préparation à l’échec.

Je voulais faire une peluche. Je savais le projet réalisable. Une fois mon premier patron réalisé (un écureuil), je me suis rendu à l’évidence. Il fallait voir plus petit, plus minable, plus simple. Le projet est donc devenu Ratino, un rat raté, triangulaire et dépourvu de membres (parce que c’est plus simple). Toutes les hypothèses de ratage potentiel ont été envisagées : forme non ressemblante, bourrage réalisé de manière non uniforme, coutures mal finies laissant sortir la bourre, nez mal collé, déformation du visage suite à la bourre, mauvais assortiment des couleurs, etc.

Et puis finalement, je me suis lancé dans l’aventure. Une aiguille dans les doigts, du tissu et tout le reste. Et surtout, surtout, surtout des amies patientes qui n’ont pas hésité à défaire mes nœuds et à supporter mes doutes et mon extrème lenteur.

Il aura fallu 3 jours.
Mais en trois jours, je suis parvenu à pondre ça :

On ne voit pas les mauvaises coutures en bas, hihi.

Je sais pas, je suis fier. C’est pas tout à fait ce que j’avais en tête mais ça y ressemble beaucoup. On ne voit pas trop sur la photo parce que c’est fait exprès, mais le bas est très très mal cousu. Mais je m’en fiche. J’ai affronté une peur de mon enfance et j’ai triomphé. Et maintenant j’ai une peluche que j’ai fait moi-même. Qui prend la poussière sur ma table de nuit.

2 commentaires

  1. l'elfe dit :

    Il a de grandes oreilles. c’est plutot une souris pour moi.

    Désolée pour mon totalitarisme zoologique.

  2. jeremie dit :

    Ça doit être un rat, sinon le jeu de mots marche pas… mais bon, au moins tu trouves pas qu’il ressemble à un éléphant.