Tout est nul

Albany est-ce nul ?

Le 27 décembre 2011, par jeremie

On m’avait dit « tu vas voir, Albany c’est nul. Il y a des marquages à la craie sur le sol, rapport aux gens qui sont tués en pleine rue. Il y a des gens qui trainent, de la violence à tous les coins d’avenue. C’est la zone. C’est hyper violent. C’est Baltimore. Ne t’aventures pas au delà de la rue principale ou tu mourras. Ou pire. »

Je suis allé à Albany. J’ai vu. J’en suis revenu.

Je m’attendais un peu à un second Buffalo. Mais Albany, la capitale de l’État de New York est complètement autre chose.

Albany, perle de New York.

J’avais initialement prévu de passer près de 24 heures sur place mais le sort en a décidé autrement : la compagnie aérienne ayant annulé mon vol aller sans raison particulière et par e-mail ce qui est un peu l’équivalent de se faire larguer par un coup de téléphone de 27 secondes par Joe Jonas, je me suis retrouvé à Albany bien plus tard que prévu. Résultat, je n’ai pu profiter des dernières lueurs du jour pour contempler la ville. Je suis arrivé alors que la nuit était noire et la pluie battante. La chambre de l’hôtel était confortable, la pizza chaude et Maman j’ai encore raté l’avion (et je suis perdu dans New York) était à la télévision. La nuit fut calme.

The Egg.

Le lendemain, nous nous mîmes en route sous une bruine battante. Les rues d’Albany s’offraient à nous comme un fruit mur mais complètement déserté. Le chemin pour nous rendre à notre lieu de destination était une ligne droite et la route fut sans encombre. Ce voyage vers l’inconnu était grandement aidé par le fait que ma destination était un ensemble de tours, trois pour être exact, dont la laideur caractéristique se détachait à merveille sous le ciel laiteux d’hiver. Sur le chemin, les magasins rares étaient tous fermés. Les porches devant les maisons supposément hantés par des délinquants, désertés. Partout, cette pluie ni trop forte, ni trop légère, juste minable.

Je connaissais ma destination. The Concourse. J’avais l’adresse. Arrivé devant les bâtiments monolithiques aux parois droites et grises, organisés en rectangle autour d’une cour centrale que j’avais repéré plus tôt sur Google Maps, je cherche une entrée. Nous parcourons une longueur du rectangle de béton. Chaque protubérance noire jaillissant de l’immensité grise fait surgir en nous l’espoir de découvrir enfin un sésame qui nous mènera vers le centre de la structure. Mais un petit panneau omniprésent couplé à un peu invitant lecteur de cartes noir nous prévient que seuls les élus de l’administration peuvent franchir les portes du sanctuaire. Trois portes ainsi passent, et nous sommes toujours à l’extérieur. Quand vient le coin, j’accélère le pas car l’heure de mon rendez-vous approche à grands pas et je suis encore bien loin de la première des trois indications de direction qui sont écrites sur ma convocation.

La chance me sourit : le coin du rectangle présente une ouverture. Une esplanade gigantesque s’ouvre devant nous. Une fontaine rectangulaire couvre une grande partie de celle-ci. De part et d’autre de la fontaine, des bâtiments et sculptures alignées de façon géométrique. Je localise un plan et me rassure en voyant une série de rectangles jaunes indiquant un accès au souterrain. Reste à trouver l’un de ces rectangles – probablement des escaliers – pour en finir une bonne fois pour toutes.

Mais Albany la mystérieuse n’était pas prête à me livrer ses secrets encore. L’étendue immense et vide, déshumanisée et stérile n’avait aucune indication à nous offrir. Une demoiselle arrêtée en pleine marche fut incapable de nous aiguiller. Alors qu’en moi montait une grande angoisse, les murs gris lavés par la pluie restaient muets à mon tourment (normal, ce sont des murs). Autour de nous, des tours de bureaux et des employés de l’administration bien au chaud et personne pour nous aider.

Il aura fallu du temps pour comprendre que pour accéder au souterrain, le plan était trompeur puisqu’il fallait pénétrer dans une tour identique à toutes les autres. Un escalier mécanique et alors, le cœur d’Albany s’offrait à nous. Comme un fruit. Un fruit couvert de linoléum blanchâtre, aux lumières blafardes. Le souterrain où je devais me rendre était un immense couloir bordé de boutiques toutes plus ou moins fermées. Des femmes grosses et âgées en chandail de laine hideux s’activent autour de tables blanches en formica. J’ai à peine le temps d’apercevoir une enseigne d’une chaine de restauration rapide que déjà je m’engouffre dans la salle de réunion.

En sortant de mon rendez-vous, j’ai vu Albany et elle m’a montré ce qu’il y avait à voir. Rien. Passés les choux de Bruxelles en branches vendus sur les tables blanches par des fermiers locaux et les écharpes multicolores tricotées à la main, j’ai fini par comprendre qu’il n’y aurait rien de plus à voir. Je suis ressorti sur l’esplanade. Il pleuvait encore. J’ai pris des photos. J’ai vu the Egg. J’ai avancé mon vol. Et je suis parti.

Ah, ah, administration.

Les tours de l’administration sont restées, déshumanisées et laides.

3 commentaires

  1. Samuel dit :

    Cet article + la vidéo de They might be giants = j’ai tout découvert de Albany grâce a toi. Je sais que je ne veux pas y aller, déjà.

  2. l'elfe dit :

    Encore un lieu à mettre sur la liste des endroits supposés hyper violents mais où il ne se passe jamais rien.

  3. jeremie dit :

    Et encore, je vous ai épargné la visite de la gare centrale de bus d’Albany, by night.